Horror Stories

L'oiseau de nuit


Sous la lune claire, sur son poteau moussu, l'oiseau de nuit guettait, craquelé de partout, il guettait. Le couple sous ses ailes discutait, heureux, amoureux, les yeux languis et la langue séchée à force de baisés énamourés.


L'oiseau, sans bruit, tournait la tête, à droite, à gauche, pour les observer mieux encore. Et cela durait depuis des jours, tant que les nuits ne pleuvaient pas.


L'hiver passa.

La neige qui les avait contraints à de courtes soirées volées au cours de nuits glacées fit place à un sol jaunâtre, aux fleurs naissant doucement.

Le couple revint souvent, et, loin des yeux de la ville dans ces champs abandonnés, discrets par les fleurs sauvages qui les couvrait dans un printemps ensoleillé, ils s'enlaçaient et se serraient, nus et haletants. Parfois cependant, ils se querellaient sans crier. Juste en pleurant pour elle, ou en crachant des mots secs pour lui, l'oiseau jugeait. L'homme en noir, ivre, ou la femme esseulée, il ne savait que regarder, qui écouter. Et cela ne durait jamais bien longtemps. Ainsi sont les humains, songea-t-il en battant mollement des ailes ces jours-là.


Le printemps passa.

Le couple venait un peu moins, les yeux moins brillants. Elle, les joues plus rouges. L'homme ne l'enlaçait plus du tout. Ils ne se serraient plus du tout. Au lieu des baisers venaient parfois des coups. Au lieu des calins venaient parfois des étranglements. Vite pardonnés. Vite excusés.

De plus en plus, elle venait seule, et attendait désespéremment en tapotant sur cette petite boite noire qui émettait des sons stridents.

De plus en plus elle restait seule et repartait sans que l'homme en noir n'ait daigné venir.

De plus en plus l'homme aviné arrivait et hurlait sur la femme en pleurs.

L'oiseau mourut un soir où ils se serrèrent enfin dans les bras, comme avant. Soulagé.


L'été arriva.

L'oiseau mort ne regardait plus le couple. Bien lui en prit, de rendre son dernier souffle avant de voir la femme morte à son tour en bas de son poteau moussu sans plus jamais recevoir la visite de l'homme en noir, seule dans les champs brûlés par le soleil ardent.


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